19.12.07

Ici tout ce qui se boit est cher


La bouteille d'eau de la marque Voss, mise en bouteille à la source norvégienne de VATNESTRØM peut atteindre les 20 euros les quelques gorgées dans un bar parisien (photo: DR)



La base. On pourrait définir ainsi ce que d'aucuns considèrent comme un simple produit commercial comme un autre. L'eau est la base de notre existence, de notre survie. Nous sommes faits de 80% d'eau, donc nous sommes d'eau avant d'en avoir besoin. Faut-il en déduire que parce qu'elle est nous et que nous sommes elle, elle nous appartient et nous pouvons en faire ce que nous voulons? Catégoriquement, je dis non. Faut-il en déduire que nous pouvons la vendre à d'autres que nous, faits comme nous le sommes presque entièrement de cette substance liquide, moins riches, à des prix prohibitifs et dans des emballages « fashion »? Encore non!

Mettre de l'eau dans son pays du vin


Je suis installée à Bordeaux depuis peu. J'ai donc commencé à découvrir sa belle région viticole, mondialement fameuse. J'ai notamment passé une journée à Saint-Emilion, village touristique connu pour son célèbre château. Entouré de vignes et fait de vieilles pierres sur de douces pentes, j'ai découvert un village français plein de caractère et toujours très visité pour son bon rouge. Raison pour laquelle j'ai été très surprise d'y voir ce que j'y ai vu.
En entrant par curiosité dans un de ces nombreux bars fashions où l'on peut déguster les grands crus au verre ou à la bouteille, accompagnés d'assiettes de fromages et de charcuterie (« very french » et donc trendy pour beaucoup d'anglais et autres fortunés touristes étrangers), je me suis trouvée nez à nez avec, sur les rayons du bar aux tons vifs, des bouteilles d'eau! Pas l'Evian ou la Vittel habituelles, trop communes pour cet endroit branché. Des bouteilles fashions elles-mêmes et surtout aux prix hallucinants. Exemple: une bouteille de 75cl à 70 euros. Interloquée, je me fais confirmer par la serveuse au bar, qu'il s'agit bien d'eau et pas de potion magique (A ce prix là!). « Mais le prix s'explique parce que les petits diamants qui représentent le logo de la marque sont en cristal Swarowski », m'indique-t-elle. Whaou! La foi est sauve. J'ai bien cru qu'on vendait, au pays du vin, de l'eau pour de l'or.




18.12.07

Premiers instants au bord de la Garonne

Le soleil m'y a accueillie. De forts rayons de soleil se réfléchissant sur des murs de pierre blanche et chaude. Bordeaux laisse respirer dès le premier abord, en offrant toute la largeur de la Garonne. Cette large langue d'eau qui semble boueuse, permet un instant de s'échapper des rues étroites du vieux Bordeaux, ses pavés, ses places charmantes, ses boutiques et ses églises, un peu amoncelées. Mériadec, de son côté, rappelle que le temps a passé. Plus propres certes, selon les dires des Bordelais d'origine, qu'il y a 20 ans, les allées de cette ville nouvelle ne rappelle en rien le vieux Bordeaux et en ont, c'est un fait, abîmé l'authenticité. Un affreux courant d'air y passe et glace les os en hiver. Les administrations s'y sont agglutinées et seule la belle Médiathèque (plus pour son utilité et sa collection de disques et de livres que pour son architecture) redonne du baume au coeur.

Le choix du coeur malgré tout


Bordeaux, donc, parce qu'au bord de l'eau, c'est facile... et parce que le sud attire quoi qu'on en dise. L'amour aussi... Mais si les bâtiments sont beaux, il faut tenter de ne pas oublier de regarder où l'on met les pieds. Les chiens des Bordelais ne nous ont pas oublié, eux. Ca me rappelle un peu Lille. Autre belle ville, grande et animée; petite et provinciale; toutes deux le point de jonction entre plusieurs mondes. Des sortes de ports à leur manière. Toutes deux également peu salubres du point de vue de mon nez (les relants d'égouts sont légions), et de celui de mes semelles...
Une première image simple et intuitive de la ville du bord de l'eau... Et une envie de la croquer pendant longtemps encore.

17.12.07

La tête dans les voyages


Terminal de bus de Oaxaca, avril 2006. En route vers la merveilleuse côte pacifique mexicaine, Puerto escondido et Chacahua. L'esprit vagabond. Envie de revivre ça...

Quand on n'a que son corps

La Merced, Mexico, printemps 2006. C’est un quartier mal famé et qui mérite sans doute sa réputation. C’est en particulier le quartier des prostituées. Celles de peu de prestige, celles qui se bradent pour quelques pesos. Le tarif d’une passe ? 100 pesos soit environ sept euros. Il y en a des centaines sur les trottoirs, le long des murs où elles s’adossent en attendant le client pour ne pas tomber du haut de leurs grands talons. On devine la jeunesse de certaines d’entre elles malgré l’épaisse couche de maquillage ; les sourcils toujours entièrement épilé et redessiné au feutre de couleur prune. Je me suis dit que la raison de tant de fard n’était sans doute pas celle que l’on croyait. Peut-être que le camouflage du visage donne l’impression à celle qui le porte qu’elle a également camouflé son âme, son esprit, son cœur.

Le foyer des femmes perdues


Je ne me suis pas rendue seule dans ce coin de l’énorme mégalopole. Israël est bénévole dans l’association. Il me conduit devant un immeuble pas tout neuf. Nous prenons un ascenseur vétuste et qui sent littéralement la crasse, pour arriver dans un petit appartement réaménagé en foyer pour venir en aide aux « sexoservidoras », les servantes du sexe. Un seul ordinateur, une table au milieu de la pièce, peu de chaises et une petite pièce au fond faisant office de cabinet médical. Un médecin vient tous les jours quelques heures. Son travail : faire des tests. Du sida et autres maladies sexuellement transmissibles et prodiguer les soins nécessaires. Cette présence médicale gratuite est bien entendu essentielle, mais ce n’est étonnamment pas ce que cherchent les « filles » ici.
Marta, Isabel et Francisca. La vingtaine. Elles ont toutes l’air d’avoir au moins dix ans de plus. Chacune d’entre elles a au moins deux enfants, qu'elles amènent au foyer. Le plus jeune bébé a à peine quelques semaines et il est déjà de passage au foyer. Les mamans de ces enfants viennent chercher un soutien, un endroit qui leur permet de s'éloigner un peu du monde de violence dans lequel elles vivent. « La plupart vivent entourées d'une violence terrible. Celle de leurs souteneurs, de leurs clients, des hommes en général », raconte Israël qui connait bien le quotidien de ces femmes.

Un héritage brutal


Elles cherchent aussi un peu de bonheur pour leurs enfants, un peu d'innocence trop vite perdue, et du divertissement. La fondation tente d'offrir un peu de rêve et de joie à ces prostituées. Un concours de danse, un défilé de mode dont les vêtements sont confectionnés par les femmes ou encore une sortie au théâtre pour les enfants. Juste un peu d'évasion finalement, pour elles et leurs enfants.
La petite Maria, une dizaine d’années, est sûrement déjà pubère. Mais comme les filles dans certaines banlieues françaises, elle cache sa féminité. Elle la dissimule sous une casquette, derrière des pantalons longs et larges et sous des tee-shirts bien trop grands pour une si petite fille. Elle n’a que dix ans mais sait déjà tout de la sexualité. Elle vit dans la rue. Ce n’est pas qu’elle n’a pas de foyer, mais sa mère « travaille » toute la journée à la maison, parfois jusque tard le soir. Alors la petite passe sa vie seule, dans la rue et au foyer. Elle ne va déjà plus à l’école ou cessera bientôt d’y aller. Ici l’illettrisme atteint des sommets et la plupart des filles de prostituées, suivront les traces de leurs mères. Un destin difficile à enrayer. Naître égaux en droits est une illusion à La Merced. Maria le sait. Elles le savent toutes, mais le foyer tente d'améliorer leur quotidien.