17.12.07

Quand on n'a que son corps

La Merced, Mexico, printemps 2006. C’est un quartier mal famé et qui mérite sans doute sa réputation. C’est en particulier le quartier des prostituées. Celles de peu de prestige, celles qui se bradent pour quelques pesos. Le tarif d’une passe ? 100 pesos soit environ sept euros. Il y en a des centaines sur les trottoirs, le long des murs où elles s’adossent en attendant le client pour ne pas tomber du haut de leurs grands talons. On devine la jeunesse de certaines d’entre elles malgré l’épaisse couche de maquillage ; les sourcils toujours entièrement épilé et redessiné au feutre de couleur prune. Je me suis dit que la raison de tant de fard n’était sans doute pas celle que l’on croyait. Peut-être que le camouflage du visage donne l’impression à celle qui le porte qu’elle a également camouflé son âme, son esprit, son cœur.

Le foyer des femmes perdues


Je ne me suis pas rendue seule dans ce coin de l’énorme mégalopole. Israël est bénévole dans l’association. Il me conduit devant un immeuble pas tout neuf. Nous prenons un ascenseur vétuste et qui sent littéralement la crasse, pour arriver dans un petit appartement réaménagé en foyer pour venir en aide aux « sexoservidoras », les servantes du sexe. Un seul ordinateur, une table au milieu de la pièce, peu de chaises et une petite pièce au fond faisant office de cabinet médical. Un médecin vient tous les jours quelques heures. Son travail : faire des tests. Du sida et autres maladies sexuellement transmissibles et prodiguer les soins nécessaires. Cette présence médicale gratuite est bien entendu essentielle, mais ce n’est étonnamment pas ce que cherchent les « filles » ici.
Marta, Isabel et Francisca. La vingtaine. Elles ont toutes l’air d’avoir au moins dix ans de plus. Chacune d’entre elles a au moins deux enfants, qu'elles amènent au foyer. Le plus jeune bébé a à peine quelques semaines et il est déjà de passage au foyer. Les mamans de ces enfants viennent chercher un soutien, un endroit qui leur permet de s'éloigner un peu du monde de violence dans lequel elles vivent. « La plupart vivent entourées d'une violence terrible. Celle de leurs souteneurs, de leurs clients, des hommes en général », raconte Israël qui connait bien le quotidien de ces femmes.

Un héritage brutal


Elles cherchent aussi un peu de bonheur pour leurs enfants, un peu d'innocence trop vite perdue, et du divertissement. La fondation tente d'offrir un peu de rêve et de joie à ces prostituées. Un concours de danse, un défilé de mode dont les vêtements sont confectionnés par les femmes ou encore une sortie au théâtre pour les enfants. Juste un peu d'évasion finalement, pour elles et leurs enfants.
La petite Maria, une dizaine d’années, est sûrement déjà pubère. Mais comme les filles dans certaines banlieues françaises, elle cache sa féminité. Elle la dissimule sous une casquette, derrière des pantalons longs et larges et sous des tee-shirts bien trop grands pour une si petite fille. Elle n’a que dix ans mais sait déjà tout de la sexualité. Elle vit dans la rue. Ce n’est pas qu’elle n’a pas de foyer, mais sa mère « travaille » toute la journée à la maison, parfois jusque tard le soir. Alors la petite passe sa vie seule, dans la rue et au foyer. Elle ne va déjà plus à l’école ou cessera bientôt d’y aller. Ici l’illettrisme atteint des sommets et la plupart des filles de prostituées, suivront les traces de leurs mères. Un destin difficile à enrayer. Naître égaux en droits est une illusion à La Merced. Maria le sait. Elles le savent toutes, mais le foyer tente d'améliorer leur quotidien.

Aucun commentaire: